Archive pour la catégorie 'Contes pour enfants'

Légende de la petite vieille et du bon génie

Friday 27 April 2007

Il était une fois,

Une petite vieille toute ridée, toute ratatinée, bien fatiguée par sa dure vie de labeur.

Elle vivait dans une pauvre cabane à  la lisière d’une grande forêt. Tous les matins elle se rendait à  la source qui coulait pas très loin de sa maison afin de remplir ses deux grands seaux d’eau.

En chemin, elle gémissait contre le vent ou la pluie, ou même contre le soleil si celui-ci réchauffait un peu trop fort sa vieille tête ! Elle remplissait ses deux seaux d’eau en maugréant et s’en retournait vers sa cabane en murmurant de vaines lamentations.

Le bon génie qui vivait dans la source, un jour, eut pitié de cette vieille femme. « C’est vrai » se disait-il depuis quelques temps, « elle n’a pas eu beaucoup de chance dans la vie. La fée de la grâce et celle du bonheur ont oublié de se pencher sur son berceau… »

« Je vais essayer » se dit le bon génie « de réparer cette injustice ! »

Le lendemain matin la pauvre vieille s’en vint, comme à  son habitude, remplir ses deux grands seaux à  l’eau claire de la source.

Quelle ne fut pas sa surprise d’y trouver un beau jeune homme, assit sur les pierres toutes polies par le temps et recouvertes d’une mousse épaisse.

« Bonjour ! vieille femme » dit le jeune homme lorsqu’elle fut tout près de lui.

La vieille marmonna un rapide bonjour entre ses dents et commença à  remplir ses seaux en se plaignant du vent qui soufflait fort ce matin-là .

Le jeune homme se mit à  rire et dit :

« tu n’es pas curieuse vieille femme… Sais-tu qui je suis ? »

La vieille fit signe que non avec la tête.

« Et bien » reprit le jeune homme, « je suis le génie de la source. Tes plaintes et tes lamentations me font de la peine depuis quelques temps, et je suis venu pour t’aider… »

La vieille posa ses deux seaux d’eau et demanda, tout émue, au génie ce qu’il pensait faire pour elle..

« Voilà  » dit le génie.

« Ton destin dépendra de toi. Je t’accorde trois voeux, pas un de plus. Dis-moi, aujourd’hui, le premier. »

Quelle fut la réaction de la vieille ? Bien sûr, elle demanda un coffre rempli de pièces d’or !

Elle qui n’avait jamais vu un louis d’or de toute sa vie, elle allait être riche !

« Accordé ! » dit le génie.

« Rentre chez toi, tu trouveras le coffre dans ta cabane. Je reviendrai te voir sitôt qu’aura brillé dans le ciel le dernier quartier de lune… »

Et il disparut dans l’eau claire de la source !

La vieille reprit bien vite le chemin de sa maison en oubliant ses seaux d’eau…

En arrivant chez elle, elle trouva le coffre où scintillaient des milliers de pièces d’or ! Elle en tremblait la pauvre vieille ! Elle en oublia le boire et le manger pendant quatre longs jours !

Pourtant, le cinquième jour, elle fut bien obligée de reprendre le chemin de la source si elle ne voulait pas mourir de soif. En chemin, elle maugréait :

« A quoi me servent donc toutes ces pièces d’or si je suis obligée d’aller tous les matins remplir mes seaux d’eau à  la source ! »

Quand elle fut de retour dans sa pauvre cabane, le coffre et les pièces d’or avaient disparu !

La pauvre vieille reprit sa vie misérable ainsi que ses allées et venues journalières jusqu’à  la source, un peu plus ridée, un peu plus ratatinée qu’avant…

Le lendemain du dernier quartier de lune, le bon génie, fidèle à  sa promesse, était assis près de la source.

« Le coffre rempli de pièces d’or ne t’a pas apporté le bonheur » dit-il à  la vieille femme. « tu as continué à  maugréer contre ton sort et l’enchantement s’est dissipé ! »

La vieille femme n’était pas très fière d’elle. Et c’est d’une voix toute tremblante qu’elle confia au génie son deuxième voeu. «Je voudrais avoir tous les jours ma table prête pour les repas. »

« Accordé ! » répondit le génie.

« Je reviendrai te voir sitôt qu’aura brillé dans le ciel le dernier quartier de lune… »

Et il disparut dans l’eau claire de la source.

A nouveau la vieille laissa ses deux seaux et s’en retourna bien vite chez elle.

La table était mise ! Elle n’eut plus qu’à  s’asseoir pour déguster un véritable repas de roi ! Pendant quatre jours, elle mangea tant et tant qu’elle en devint toute lourde… Cependant, les assiettes et les plats s’étaient amoncelés et il devenait urgent de faire un peu de vaisselle…

Alors, le cinquième jour, la vieille reprit le chemin de la source. En route elle maugréait : « A quoi me sert d’avoir tant à  manger tous les jours s’il faut que je continue à  venir remplir mes seaux d’eau à  la source ? »

Quand elle fut de retour dans sa pauvre cabane, sa table n’était point mise… Adieu, les festins de roi !

La pauvre femme reprit sa vie misérable, encore un peu plus ridée, un peu plus ratatinée qu’avant…

Le lendemain du dernier quartier de lune, le bon génie, fidèle à  sa promesse était assis près de la source.

« Mes festins de roi ne t’ont pas apporté le bonheur » dit-il. Tu as continué à  maugréer contre ton sort et l’enchantement s’est dissipé ! »

La vieille femme n’était vraiment pas fière d’elle. Mais elle avait eu le temps de réfléchir.

Etre riche et vieille en même temps, ça n’était sûrement pas la bonne solution.

Avoir sa table mise à  chaque repas et devoir tous les jours laver la vaisselle, ça ne présentait pas non plus beaucoup d’intérêt…

Alors, dans un souffle à  peine perceptible, elle confia au bon génie son troisième et dernier voeu : « Je voudrais être jeune et belle, moi qui ne me souviens plus du temps de ma jeunesse où j’ai toujours été vilaine… »

« Accordé ! » dit le bon génie.

Et la vieille se transforma aussitôt en une jeune fille si belle, si belle, que le bon génie en tomba amoureux sur le champ et qu’il quitta l’eau claire de sa source le temps de l’épouser !

Depuis ce jour-là , les deux seaux d’eau attendent en vain la vieille femme. Ils attendront l’éternité, car plus jamais elle n’a maugréé contre son sort !

Il paraît même que la source, depuis ce matin-là , chante deux fois plus fort qu’avant !

Légende du petit garçon qui sauva une étoile

Friday 27 April 2007

Il était une fois,

Un petit garçon qui vivait avec ses parents dans une jolie maison perdue au coeur d’une grande forêt.

Son papa était bûcheron, ce qui rendait très fier le garçonnet. La forêt lui disait souvent que, si elle arrivait à  respirer c’était grâce à  lui qui, si gentiment, coupait les arbres qui menaçaient de l’étouffer.

Pensez si notre petit bonhomme était heureux… Grâce à  eux, la forêt vivait !

Pourtant, chaque année quand revenait l’été, l’enfant cachait une grande angoisse au fond de son coeur.

Profitant des chaudes soirées de juillet, son papa abattait les arbres tard dans la nuit, et le petit garçon devait lui apporter le panier où sa maman plaçait le repas du soir.

Et tout son chagrin venait de là  : Lui qui aimait tant sa forêt lorsque brillait le soleil, tremblait de peur dès qu’il devait s’aventurer sur le sentier où commençait à  rôder l’ombre de la nuit. Il n’osait pas parler de sa peur à  ses parents, car il craignait les moqueries.

Un si grand garçon, auraient-ils dit, est-ce possible ? Alors, les yeux rougis d’avoir pleuré en cachette et la lèvre tremblante, bravement il mettait le panier sous son bras et s’en allait sur le chemin.

Sa maman voyait bien les traces de larmes sur son pauvre petit visage, et elle le regardait partir aussi longtemps que se dessinait sur la masse sombre des arbres, la silhouette claire de son petit garçon… Et son regard, chaque soir, se chargeait d’une lourde inquiétude…

Or, un de ces fameux soirs, l’enfant crut voir le grand chêne son ami, tirer ses racines de la terre et marcher vers lui. Il quitta le sentier en hurlant et se retrouva accroupi près de la mare, où brillait une lumière aussi étrange qu’inhabituelle. Il eut à  nouveau très peur. Mais cette fois, il n’était pas victime de son imagination. Il entendit une voix douce, comme une musique, qui venait du fond de l’eau.

« Aide-moi, petit garçon, je suis une petite étoile tombée du ciel. Vite ! fais-moi sortir de cette mare avant que je ne m’éteigne ! »

Rassuré d’entendre de telles paroles murmurées de si jolie façon, courageusement l’enfant retourna vers son ami le chêne.

« Grand chêne, prête-moi vite une de tes branches afin que je vienne en aide à  la petite étoile qui est tombée dans la mare. Vite ! elle ne brille presque plus ! »

« Voilà  » dit le chêne, peu rancunier. « Fais vite maintenant ! »

L’enfant s’en retourna au bord de l’eau et tendit la branche à  l’étoile.
« Il était vraiment temps » lui dit-elle lorsqu’elle fut sur l’herbe. « Regarde, je clignote avec peine… Moi qui rêvais tant de connaître la terre, j’ai bien failli en mourir ! »

Alors elle conta son histoire au petit garçon. Elle n’accompagnait pas toujours la lune dans le ciel. Il lui arrivait aussi de voyager avec le soleil. Et de là -haut, en pleine lumière, la terre était si belle, toute bleue, qu’elle rêvait depuis longtemps de venir s’y poser quelques instants !

Mais le soleil était sévère. Il ne permettait pas aux étoiles de s’en aller. Alors, elle avait attendu d’être à  nouveau avec la lune pour descendre jusqu’ici. Car la lune était douce comme du miel. Elle ne savait rien refuser aux petites étoiles, ses amies. Elle leur demandait seulement de briller moins fort que d’habitude au cours de leur descente vers la terre afin de ne pas effrayer les humains. « Pauvre lune ! Elle éclaire si mal ta planète, que je n’ai pas pu voir où je me posais » soupira-t-elle. «   Je me suis retrouvée au fond de cette eau toute noire, et je t’avoue que de ma vie d’étoile, qui est déjà  fort longue, je n’ai jamais eu si peur !  Par quel miracle t’es-tu trouvé sur mon chemin, petit garçon ? »

Et le petit garçon confia à  l’étoile, qui brillait à  nouveau de mille feux, le gros chagrin de sa vie.

Il lui avoua sa peur dans le noir s’il entendait hululer la chouette, croasser le corbeau, glapir le renard qu’il aimait bien pourtant… « Oh ! petite étoile, j’ai peur de la nuit ! » finit-il par dire en laissant s’échapper de grosses larmes.

« Ne pleure pas si fort, gros bêta », lui dit-elle. « Tu vas réveiller les oiseaux, les écureuils, les lapins, tous ceux qui vivent dans ce bois. Que penseraient-ils s’ils savaient que leur demeure t’effraie quand il y fait noir ? Tu m’as rendu un grand service. A mon tour de soulager ta peine. Montre-moi ton chemin, tu vas voir. »

L’enfant reprit sa route et, à  chaque arbre rencontré, chaque herbe, chaque fleur, la petite étoile s’arrêtait et le touchait de ses rayons. Alors, les arbres, les herbes, les fleurs se mirent à  briller doucement, éclairant le sentier où s’aventurait l’enfant qui n’avait plus de crainte.

« Ce sera ainsi tous les soirs ! » lui dit-elle en prenant sa course vers le ciel où s’impatientait la lune. « Tu as sauvé un étoile, la forêt s’en souviendra ! »

A partir de cette nuit-là , plus jamais l’enfant ne prit le panier que lui donnait sa maman, les yeux rougis d’avoir trop pleuré. Il partit désormais d’un pas léger vers le sentier où régnait l’ombre. Et, pas une soir les rayons laissés par l’étoile n’oublièrent de s’allumer pour lui montrer le chemin.

Ses parents ne surent jamais pourquoi il était devenu si heureux.

Il avait voulu garder pou lui seul le souvenir de la gentille étoile.

Et jamais il n’oublia de lui envoyer un sourire joyeux, chaque fois qu’il put l’apercevoir, par hasard, voyageant au fond du ciel immense et pur, en compagnie de son amie la lune !