Un jour,
Au détour d’un chemin
Je vis un paysage
Si calme et si joli,
Que je me dit :
« Demain, tu prendras une toile,
Des couleurs, un pinceau,
Et de ce coin perdu
Tu feras un tableau… »
Il y avait, tout autour,
Des collines douces, bleutées,
Habillées de vieux pins.
Le jour qui s’en allait
Nous laissait une odeur
Parfumée de résine,
De lavandes sauvages,
D’églantines, de thym…
Il y avait
Un vieux château sans âge,
Protégé par des peupliers,
Un ruisselet en contre bas…
C’était un peu étrange,
Dans cette plaine aride,
Cette eau bavarde
Passant par là …
Enfin, près du ruisseau
Il y avait un jardin.
Un jardin tout à fait ordinaire
Où poussaient la courgette
Et la pomme de terre.
Il y avait, surtout,
Et depuis le début
Ce détail m’attirait,
Dans ce jardin, un jardinier.
Sur sa tête il portait
Un vieux chapeau de paille.
Un grand tablier
Depuis sa taille
Tombait presque jusqu’à ses pieds.
Ce jardinier tenait un arrosoir
Et le soleil couchant
Illuminait le petit rond de pluie
Sortant de l’arrosoir.
Enfin, tout à côté,
Sur un piquet, où, têtues
S’agrippaient les tomates,
Un oiseau, seul, chantait…
Ce tableau tout entier m’enchantait…
La lumière du soir,
L’oiseau, le jardinier,
Le petit rond de pluie
Sortant de l’arrosoir…
Tout cela me plaisait…
Mais, quand le lendemain,
Dans ma main
Se trouva le pinceau,
Hélas ! plus rien n’allait…
J’avais beau dessiner l’oiseau,
Le jardinier,
Le petit rond de pluie
Sortant de l’arrosoir,
Les lavandes sauvages,
La lumière du soir,
Plus rien ne me plaisait
Et, dans mon paysage,
L’oiseau restait muet…
Alors, j’ai posé le pinceau.
Puis, j’ai pris une feuille
Où j’ai écrit, simplement :
L’oiseau chante…
Alors, comme le peintre
Doit choisir ses couleurs,
J’ai du choisir mes mots,
Avec tendresse,
Avec bonheur…
Et rien qu’avec des mots
J’ai su faire un tableau !
Tout y était :
L’oiseau, le jardinier,
Le petit rond de pluie
Sortant de l’arrosoir,
Le vieux château, les peupliers,
Les lavandes sauvages,
La lumière du soir….
Tout je vous dis…
Mais le plus merveilleux
C’est que, sans couleur,
Sans pinceau,
Rien qu’avec des mots
J’ai fait chanter l’oiseau !