Archive pour la catégorie 'Poésies émotions'

Le violoniste de Sarajevo

Monday 18 June 2007

Il jouait du violon
Pour sa ville perdue…
Ses notes s’envolaient
Têtues et dérisoires
A travers le vacarme
Des bombes, des obus
Et donnaient de l’espoir
A tous ceux qui fuyaient
Et qui n’en avaient plus…
Le vieil homme jouait,
Le coeur au bord des larmes,
De douces mélodies
Pour sa ville meurtrie,
Sans savoir que ses notes
Etaient un vrai défi…
Alors ils sont venus,
Les soldats.
Comme quoi, la musique
Fait peur aux imbéciles…
Ils ont trouvé
Le vieil homme tranquille,
Lui ont dit que les Temps
N’étaient pas aux chansons,
Mais àla guerre…
Ils lui ont pris des mains son violon
Et l’ont cassé en deux…
Le vieux monsieur, muet,
Les a regardés faire,
Puis a fermé les yeux….
S’en prendre à  un violon,
S’en prendre à  la musique…
Et ces soldats, hilares,
Heureux de leur forfait….
Le vieil homme n’a pas bougé,
N’a rien dit…
Alors ils sont partis.
Et le vieux violoniste
A attendu longtemps…
Quand la nuit fut bien noire,
Il se leva pour aller prendre
Au fond d’un long tiroir
Un violon tout pareil
A celui que ces fous
Venaient de lui briser…
Et, doucement, sous les étoiles,
Il se mit à  jouer…
Il joue toujours,
Il joue encore
Pour sa ville si belle,
Pour sa ville meurtrie,
Pour sa ville perdue…
A l’heure où naît l’aurore,
Il joue pour elle,
Et ses notes s’envolent
Dérisoires et têtues…
Il joue sur son violon
Le vieil homme tranquille…
Sa musique, c’est sur,
A fait peur aux soldats.
S’ils l’entendent, parfois,
Résonner sur la ville,
C’est certain,
Ils ne reviendront pas…
Et, tout seul,
Face au Monde
Qui s’en lave les mains,
Simplement,
Sans colère et sans arme,
Pour conjurer la peur,
Les larmes,
Le chagrin,
Le vieux monsieur se bat,
Son archet à  la main !
Loin de Sarajevo,
Je pense à  lui souvent…
La guerre est une horreur
Qui détruit les artistes…
A cause d’elle,
Maintenant,
Si son visage est beau,
Il joue le regard triste,
Et son violon, là-bas,
Pleure comme un enfant…

Septembre 93

L’oiseau de Bosnie

Monday 18 June 2007

C’était un matin de juillet.
Le ciel avait cette couleur
De vent de lavande
Si rare en plein été…
Je ne pensais à  rien.
Assise à  l’ombre de mes pins,
Bercée par le chant des cigales,
Simplement, j’étais bien.
C’est en levant les yeux
Par dessus la pinède
Que soudain, je l’ai vu…
Il arrivait, immense,
Blanc et majestueux,
Un oiseau magnifique
Qui volait en silence,
Si beau, si pur dans le ciel bleu.
Il était si parfait
Qu’il m’apparut mythique.
Oiseau d’amour,
Oiseau de paix.
Il venait de l’ouest
Et son vol l’emportait
Vers les Alpes
Et le ciel d’Italie…
Je me pris à  rêver…
Selon toute évidence,
Ce messager de paix,
Ce porteur d’espérance
S’en allait droit vers la Bosnie…
Oui, mais là -bas, la folie…

juillet 1195

Versailles

Friday 27 April 2007

Les brumes se dissipent,
Les lumières s’éteignent…
Versailles se réveille
Majestueux et fier
Dans les couleurs du jour…
Les gardes vont venir.
Ils vont ouvrir, alors,
Aux touristes impatients,
Les grilles vert et or
Qui, la nuit, le protègent.
Versailles, impuissant,
Sous le soleil qui monte,
Regarde entrer en lui,
C’est vrai, le monde entier…
Mais Versailles s’ennuie…
Il rêve à  ses marquises,
A ses reines, à  ses rois…
A ces journées exquises
De fêtes et de banquets…
Versailles se souvient aussi
De tant d’intrigues…
L’Histoire, en ces temps-là 
S’écrivait dans ses murs,
Les femmes étaient perfides
Et les hommes étaient durs…
Mais Versailles vivait…
Aujourd’hui, à  chaque jour nouveau
Il voit venir à  lui de toute la planète
Des femmes et des hommes
Qui ne font plus l’histoire…
Ils sont là ,
Pacifiques, attentifs,
N’en croyant pas leurs yeux
Devant tant de merveilles…
Peut-être, quelques heures,
Dans la journée qui passe
Versailles est-il heureux ?
A l’heure où le soleil se lasse
Et s’éloigne de nous
Pour aller éclairer
L’autre côté du monde
Tout s’apaise…
Et se referment alors,
Sur Versailles épuisé,
Les grilles vert et or…
Le château, dans le soir qui descend,
Ressemble à  un oiseau
Ouvrant tout grand ses ailes,
Incapable, pourtant,
De prendre son essor…
Pétrifié dans l’ombre
Et dans la solitude,
Il semble au passant
Que Versailles s’endort…
Seul, le poète sait que,
Dans la nuit de velours
Qui s’étend sur la terre,
Hanté par un passé
Où se croisèrent tant de haines et d’amour,
Comme un Dieu oublié,
Comme un Roi solitaire,
Versailles se souvient
Et pleure pour toujours
Ses siècles de lumière,
Ses reines, ses marquises
Et sa Cour !

*****
Septembre 97

Le violoniste de Sarajevo

Friday 27 April 2007

Il jouait du violon
Pour sa ville perdue…
Ses notes s’envolaient
Têtues et dérisoires
A travers le vacarme
Des bombes, des obus
Et donnaient de l’espoir
A tous ceux qui fuyaient
Et qui n’en avaient plus…
Le vieil homme jouait,
Le coeur au bord des larmes,
De douces mélodies
Pour sa ville meurtrie,
Sans savoir que ses notes
Etaient un vrai défi…
Alors ils sont venus,
Les soldats.
Comme quoi, la musique
Fait peur aux imbéciles…
Ils ont trouvé
Le vieil homme tranquille,
Lui ont dit que les Temps
N’étaient pas aux chansons,
Mais à  la guerre…
Ils lui ont pris des mains son violon
Et l’ont cassé en deux…
Le vieux monsieur, muet,
Les a regardés faire,
Puis a fermé les yeux….
S’en prendre à  un violon,
S’en prendre à  la musique…
Et ces soldats, hilares,
Heureux de leur forfait….
Le vieil homme n’a pas bougé,
N’a rien dit…
Alors ils sont partis.
Et le vieux violoniste
A attendu longtemps…
Quand la nuit fut bien noire,
Il se leva pour aller prendre
Au fond d’un long tiroir
Un violon tout pareil
A celui que ces fous
Venaient de lui briser…
Et, doucement, sous les étoiles,
Il se mit à  jouer…
Il joue toujours,
Il joue encore
Pour sa ville si belle,
Pour sa ville meurtrie,
Pour sa ville perdue…
A l’heure où naît l’aurore,
Il joue pour elle,
Et ses notes s’envolent
Dérisoires et têtues…
Il joue sur son violon
Le vieil homme tranquille…
Sa musique, c’est sur,
A fait peur aux soldats.
S’ils l’entendent, parfois,
Résonner sur la ville,
C’est certain,
Ils ne reviendront pas…
Et, tout seul,
Face au Monde
Qui s’en lave les mains,
Simplement,
Sans colère et sans arme,
Pour conjurer la peur,
Les larmes,
Le chagrin,
Le vieux monsieur se bat,
Son archet à  la main !
Loin de Sarajevo,
Je pense à  lui souvent…
La guerre est une horreur
Qui détruit les artistes…
A cause d’elle,
Maintenant,
Si son visage est beau,
Il joue le regard triste,
Et son violon, là -bas,
Pleure comme un enfant…