Archive pour April 2007

Le saxo de mon père

Saturday 28 April 2007

Avril revient,
Impatient de lumière,
De jardins pleins de fleurs,
De crépuscules doux…
Et moi, je reste là ,
Près du vieux mur de pierres
A regarder la vie
Eclater de partout !
Mon père était parti
Dans le vent de l’automne…
Et me printemps, alors,
Me semblait ne devoir
Plus jamais exister…
Pourtant, avril est là …
Un air de saxophone
Me poursuit dans les bois
Où j’aime me promener…
Oh ! Il vient de très loin,
Quelque part dans ma tête,
Un tout petit refrain
Têtu et obstiné
Un refrain qui disait :
« Dans le vallon..
la…la…la…
L’astre d’or
Tout se ranime
En la belle Provence
La…la…la… »
Oui, c’est çà ,
La musique revient
Et si j’ai oublié
Quelque peu les paroles,
Ca n’a pas d’importance.
Puisque, rien que pour moi,
Dans l’air léger qui danse
Le saxo de mon pèr
Chante la farandole !!!

Avril 1995

C’est un petit chemin

Saturday 28 April 2007

C’est un petit chemin
Noyé dans la verdure,
Quand vient le mois de mai
C’est fou ce qu’il sent bon !
On y oublie le monde,
Et ses fureurs, et ses blessures,
On n’y entend plus rien
Que le chant des oiseaux
Cachés dans les buissons….
Tout au bout du chemin,
Là -bas, dans la forêt,
Comme dans un tableau
Le vert sombre des pins
Se mélange en douceur
Au vert tendre des chênes…
Dans ce monde en folie
Plein de peurs et de haine,
C’est un havre de paix
Que ce petit chemin…
Je m’y trouve si bien
Que je voudrais l’offrir
Aux enfants de la guerre,
Qu’ils y oublient leurs larmes,
Leur terreur, leur chagrin.
Mais ça, je ne peux pas.
Alors, je rêve bien souvent
Qu’ils sont là …
Je les prends par la main
Et puis je les emmène
A l’abri
Des tyrans de la Terre,
Ecouter les oiseaux,
Sentir l’odeur des fleurs
Et être heureux, enfin,
Dans mon petit chemin…..!

Avril 1995

Les mots cachés sous les feuilles - Le Pays Bleu Partie I

Friday 27 April 2007

C’était la dernière semaine du mois de novembre. Il avait fait doux jusqu’alors. Pourtant, en une nuit, et sans faire aucun bruit, l’hiver était arrivé… Juste un peu en avance sur le calendrier, pas de quoi fouetter un chat.
Sur le moment, mon bol de café à  la main et mon nez derrière la porte-fenêtre, je n’ai pas fait attention à  la différence. Quand tout à  coup, elle m’apparut tellement évidente que j’eus honte de ne pas m’en être rendue compte plus tôt : les mûriers platanes étaient tout nus ! complètement déshabillés ! Et dire que hier encore ils arboraient si fièrement leurs jolies têtes blondes… Plus rien ! plus une feuille… Elles jonchaient toutes le sol. La nuit avait été si calme, sans un brin de vent, qu’elles faisaient comme un gros matelas dodu sur les pavés délavés de la terrasse. Instinctivement, j’enfilai un pull bien chaud et je sortis vite inventorier les dégâts : les derniers impatients , vestiges de l’été, étaient raidis et tout noirs. Les géraniums n’étaient pas en grande forme… il faut dire qu’il avait gelé fort : moins cinq degrés en dessous de zéro ! Je regardais mes mûriers : ils avaient l’air un peu stupides ainsi dépouillés de leur feuillage… leurs grandes branches maigres et grises tendues comme une supplique vers le ciel… Je me baissais pour toucher les feuilles…. Je ne sais pas pourquoi il me prit l’envie irrésistible d’en ramasser le plus possible au creux de mes bras… un peu comme des enfants que j’aurais voulu consoler…je me surpris à  leur parler doucement : « pauvres belles feuilles, votre arbre vous a laissées tomber…Il a fait son devoir, rien de plus. A vous maintenant de finir votre courte vie de feuilles toutes seules… » Soudain, un gros paquet de feuilles dorées serré contre moi, j’eus l’impression tout à  coup, qu’un coeur battait au milieu d’elles. Et des mots, des mots par centaines ont jailli de je ne sais où… du plus profond de mon être. Des mots qui m’étouffaient depuis longtemps et qui n’avaient jamais trouvé la clef pour sortir. Ils se sont mis à  taper dans ma poitrine, dans ma tête, à  cogner si fort qu’il me fallut m’asseoir tant leur vacarme m’étourdissait…Et si je n’étais qu’une feuille moi aussi ? Comment se faisait-il qu’un langage entre elles et moi s’établissait…une seule certitude : quelque chose d’incroyable venait de m’arriver et je savais en retournant dans la douce chaleur de la maison que rien ne pourrait plus arrêter ce torrent de mots qui venait de naître au plus profonde de moi et déferlait sur ma vie comme un véritable lame de fond.
Les mots, c’est vrai, je les avais toujours aimés. Dès que j’ai su lire, j’ai ouvert les livres avec passion. Je ne les lisais pas, je les dévorais ! Comme beaucoup d’enfants amoureux des mots, je me suis cachée sous les draps pour finir, à  l’aide d’une lampe de poche, une histoire que je n’arrivais pas à  « lâcher ». Puis, vers douze ans, j’ai écrit mes premiers poèmes. J’avais tellement besoin d’écrire ! Quand je voulais exprimer une pensée par la parole, et cela dure encore aujourd’hui, on me répondait : « tais-toi ! » « tu ne sais pas ce que tu dis ! »
Alors, petite feuille embarquée dans mon frêle esquif sur la rivière de la vie, j’écrivais pour ne pas me noyer… Mes poèmes étaient mon exutoire. Des centaines de petits seaux d’eau rejetés dans l’onde pour pouvoir continuer à  flotter.
Mais ce matin là  du mois de novembre, j’ai été obligée de ramener mon embarcation jusqu’au rivage… Il y avait trop d’eau à  écoper…
Alors, dans la quiétude de ma maison, je me suis calmée. J’ai fini, tranquillement, de boire mon café et je suis partie m’installer devant mon ordinateur. On dit que ces « boîtes » n’ont pas d’âme… Pourtant, je suis sûre que le mien m’écoute…. La preuve : tout ce que je lui ai dit ce matin là , il me l’a fidèlement retranscrit. Il ne m’a pas manqué un seul mot… Intérieurement, je jubilais. Ce n’est pas tous les jours que l’on découvre des milliers de mots cachés sous des feuilles. Et l’ordinateur ne m’a pas dit : « tais-toi ! » « qu’est-ce que tu vas encore dire ou écrire , » Non… bien au contraire. Il m’a laissée faire, me faisant comprendre ainsi que je venais de trouver en lui un ami pour m’aider à  écoper le trop plein d’eau (ou de mots….) de ma petite embarcation.
Le plus dur, cependant, restait à  faire : donner un sens, un ordre à  tous ces mots…
Je m’y suis mise patiemment. Paroles de vent, paroles de feuilles, paroles de vie…
Mots d’angoisses, de joies, de peines. Mots d’amour.
Mots tout court.

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Versailles

Friday 27 April 2007

Les brumes se dissipent,
Les lumières s’éteignent…
Versailles se réveille
Majestueux et fier
Dans les couleurs du jour…
Les gardes vont venir.
Ils vont ouvrir, alors,
Aux touristes impatients,
Les grilles vert et or
Qui, la nuit, le protègent.
Versailles, impuissant,
Sous le soleil qui monte,
Regarde entrer en lui,
C’est vrai, le monde entier…
Mais Versailles s’ennuie…
Il rêve à  ses marquises,
A ses reines, à  ses rois…
A ces journées exquises
De fêtes et de banquets…
Versailles se souvient aussi
De tant d’intrigues…
L’Histoire, en ces temps-là 
S’écrivait dans ses murs,
Les femmes étaient perfides
Et les hommes étaient durs…
Mais Versailles vivait…
Aujourd’hui, à  chaque jour nouveau
Il voit venir à  lui de toute la planète
Des femmes et des hommes
Qui ne font plus l’histoire…
Ils sont là ,
Pacifiques, attentifs,
N’en croyant pas leurs yeux
Devant tant de merveilles…
Peut-être, quelques heures,
Dans la journée qui passe
Versailles est-il heureux ?
A l’heure où le soleil se lasse
Et s’éloigne de nous
Pour aller éclairer
L’autre côté du monde
Tout s’apaise…
Et se referment alors,
Sur Versailles épuisé,
Les grilles vert et or…
Le château, dans le soir qui descend,
Ressemble à  un oiseau
Ouvrant tout grand ses ailes,
Incapable, pourtant,
De prendre son essor…
Pétrifié dans l’ombre
Et dans la solitude,
Il semble au passant
Que Versailles s’endort…
Seul, le poète sait que,
Dans la nuit de velours
Qui s’étend sur la terre,
Hanté par un passé
Où se croisèrent tant de haines et d’amour,
Comme un Dieu oublié,
Comme un Roi solitaire,
Versailles se souvient
Et pleure pour toujours
Ses siècles de lumière,
Ses reines, ses marquises
Et sa Cour !

*****
Septembre 97

Le violoniste de Sarajevo

Friday 27 April 2007

Il jouait du violon
Pour sa ville perdue…
Ses notes s’envolaient
Têtues et dérisoires
A travers le vacarme
Des bombes, des obus
Et donnaient de l’espoir
A tous ceux qui fuyaient
Et qui n’en avaient plus…
Le vieil homme jouait,
Le coeur au bord des larmes,
De douces mélodies
Pour sa ville meurtrie,
Sans savoir que ses notes
Etaient un vrai défi…
Alors ils sont venus,
Les soldats.
Comme quoi, la musique
Fait peur aux imbéciles…
Ils ont trouvé
Le vieil homme tranquille,
Lui ont dit que les Temps
N’étaient pas aux chansons,
Mais à  la guerre…
Ils lui ont pris des mains son violon
Et l’ont cassé en deux…
Le vieux monsieur, muet,
Les a regardés faire,
Puis a fermé les yeux….
S’en prendre à  un violon,
S’en prendre à  la musique…
Et ces soldats, hilares,
Heureux de leur forfait….
Le vieil homme n’a pas bougé,
N’a rien dit…
Alors ils sont partis.
Et le vieux violoniste
A attendu longtemps…
Quand la nuit fut bien noire,
Il se leva pour aller prendre
Au fond d’un long tiroir
Un violon tout pareil
A celui que ces fous
Venaient de lui briser…
Et, doucement, sous les étoiles,
Il se mit à  jouer…
Il joue toujours,
Il joue encore
Pour sa ville si belle,
Pour sa ville meurtrie,
Pour sa ville perdue…
A l’heure où naît l’aurore,
Il joue pour elle,
Et ses notes s’envolent
Dérisoires et têtues…
Il joue sur son violon
Le vieil homme tranquille…
Sa musique, c’est sur,
A fait peur aux soldats.
S’ils l’entendent, parfois,
Résonner sur la ville,
C’est certain,
Ils ne reviendront pas…
Et, tout seul,
Face au Monde
Qui s’en lave les mains,
Simplement,
Sans colère et sans arme,
Pour conjurer la peur,
Les larmes,
Le chagrin,
Le vieux monsieur se bat,
Son archet à  la main !
Loin de Sarajevo,
Je pense à  lui souvent…
La guerre est une horreur
Qui détruit les artistes…
A cause d’elle,
Maintenant,
Si son visage est beau,
Il joue le regard triste,
Et son violon, là -bas,
Pleure comme un enfant…

L’eau douce

Friday 27 April 2007

Coucou !
Tu me connais…
C’est moi, l’eau douce !
L’eau du torrent
Ou du ruisseau,
L’eau de la source,
Celle du fleuve,
De la rivière,
L’eau de l’étang
Dans la clairière
Où viennent boire
Les animaux.. 

Tu veux entendre mon histoire ?
Alors, écoute bien :

Au tout début
Il y a la Mer…
Et je suis l’eau de ta planète.
Quand il fait beau, quand il fait chaud,
Je m’échappe… je m’évapore !
Et je monte, je monte encore
Là -haut, tout là -haut
Dans le ciel
Où je deviens de gros nuages…
Il suffit que souffle le vent
Et me voilà , dans mes nuages,
Partie vers les cinq continents
Où je tombe sous forme de pluie.
Les mois d’été, je suis bien sage,
Je ne fais pas beaucoup de bruit.
Quand vient l’automne, sous l’orage,
Je fais, parfois, de gros ravages…
L’hiver, je pleure doucement…
Mais je coule au fond de la source
Qui rejaillira au printemps !
Tu me connais, c’est moi l’eau douce
Qui, de la source
S’en va dans le petit ruisseau
En chantonnant, en froufroutant
Sur les herbes vertes et la mousse.
Je cours toujours,
Et le ruisseau devient rivière…
En montagne, je suis torrent
Et je gronde dans mes cascades
Presque aussi fort que le tonnerre !
Le torrent, comme la rivière
Un jour rencontrent un grand frère :
C’est le fleuve majestueux
Où toutes les eaux se mélangent
Et partent ensemble,
Paisiblement,
Vers la mer ou vers l’océan…
Au bout de quelques temps
Je serai, à  nouveau, de gros nuages
Qui vont partir, avec le vent ,
Pleurer sur les cinq continents…

Coucou !
C’est moi, je suis l’eau douce…

Tu me connais mieux maintenant.
Que penses-tu de mon voyage
Qui recommence tout le temps ?

En quittant l’autoroute

Friday 27 April 2007

Après la longue route,
Après le grand tumulte
Que font les gens du nord
Pour retourner chez eux,
Quand, enfin, épuisés,
On quitte l’autoroute,
Soudain, on se sent mieux !
Il faut rouler encore
Par des chemins tranquilles,
De plus en plus petits,
De plus en plus perdus..
Que nous importe !
Bien loin des grandes villes
Et le leur démesure,
Et de leur déraison,
Il y quelque chose
Là -bas,
Qui nous rassure…
Avec sont toit de tuiles roses,
Ses volets verts et ses murs blancs,
A l’ombre de ses pins,
Au fil du temps qui passe
Et des quatre saisons….
Après le dernier bout de route,
Après le tout dernier tournant,
Comme un refuge où il fait bon,
Elle est là , qui nous attend,
Notre maison !

Légende de la petite vieille et du bon génie

Friday 27 April 2007

Il était une fois,

Une petite vieille toute ridée, toute ratatinée, bien fatiguée par sa dure vie de labeur.

Elle vivait dans une pauvre cabane à  la lisière d’une grande forêt. Tous les matins elle se rendait à  la source qui coulait pas très loin de sa maison afin de remplir ses deux grands seaux d’eau.

En chemin, elle gémissait contre le vent ou la pluie, ou même contre le soleil si celui-ci réchauffait un peu trop fort sa vieille tête ! Elle remplissait ses deux seaux d’eau en maugréant et s’en retournait vers sa cabane en murmurant de vaines lamentations.

Le bon génie qui vivait dans la source, un jour, eut pitié de cette vieille femme. « C’est vrai » se disait-il depuis quelques temps, « elle n’a pas eu beaucoup de chance dans la vie. La fée de la grâce et celle du bonheur ont oublié de se pencher sur son berceau… »

« Je vais essayer » se dit le bon génie « de réparer cette injustice ! »

Le lendemain matin la pauvre vieille s’en vint, comme à  son habitude, remplir ses deux grands seaux à  l’eau claire de la source.

Quelle ne fut pas sa surprise d’y trouver un beau jeune homme, assit sur les pierres toutes polies par le temps et recouvertes d’une mousse épaisse.

« Bonjour ! vieille femme » dit le jeune homme lorsqu’elle fut tout près de lui.

La vieille marmonna un rapide bonjour entre ses dents et commença à  remplir ses seaux en se plaignant du vent qui soufflait fort ce matin-là .

Le jeune homme se mit à  rire et dit :

« tu n’es pas curieuse vieille femme… Sais-tu qui je suis ? »

La vieille fit signe que non avec la tête.

« Et bien » reprit le jeune homme, « je suis le génie de la source. Tes plaintes et tes lamentations me font de la peine depuis quelques temps, et je suis venu pour t’aider… »

La vieille posa ses deux seaux d’eau et demanda, tout émue, au génie ce qu’il pensait faire pour elle..

« Voilà  » dit le génie.

« Ton destin dépendra de toi. Je t’accorde trois voeux, pas un de plus. Dis-moi, aujourd’hui, le premier. »

Quelle fut la réaction de la vieille ? Bien sûr, elle demanda un coffre rempli de pièces d’or !

Elle qui n’avait jamais vu un louis d’or de toute sa vie, elle allait être riche !

« Accordé ! » dit le génie.

« Rentre chez toi, tu trouveras le coffre dans ta cabane. Je reviendrai te voir sitôt qu’aura brillé dans le ciel le dernier quartier de lune… »

Et il disparut dans l’eau claire de la source !

La vieille reprit bien vite le chemin de sa maison en oubliant ses seaux d’eau…

En arrivant chez elle, elle trouva le coffre où scintillaient des milliers de pièces d’or ! Elle en tremblait la pauvre vieille ! Elle en oublia le boire et le manger pendant quatre longs jours !

Pourtant, le cinquième jour, elle fut bien obligée de reprendre le chemin de la source si elle ne voulait pas mourir de soif. En chemin, elle maugréait :

« A quoi me servent donc toutes ces pièces d’or si je suis obligée d’aller tous les matins remplir mes seaux d’eau à  la source ! »

Quand elle fut de retour dans sa pauvre cabane, le coffre et les pièces d’or avaient disparu !

La pauvre vieille reprit sa vie misérable ainsi que ses allées et venues journalières jusqu’à  la source, un peu plus ridée, un peu plus ratatinée qu’avant…

Le lendemain du dernier quartier de lune, le bon génie, fidèle à  sa promesse, était assis près de la source.

« Le coffre rempli de pièces d’or ne t’a pas apporté le bonheur » dit-il à  la vieille femme. « tu as continué à  maugréer contre ton sort et l’enchantement s’est dissipé ! »

La vieille femme n’était pas très fière d’elle. Et c’est d’une voix toute tremblante qu’elle confia au génie son deuxième voeu. «Je voudrais avoir tous les jours ma table prête pour les repas. »

« Accordé ! » répondit le génie.

« Je reviendrai te voir sitôt qu’aura brillé dans le ciel le dernier quartier de lune… »

Et il disparut dans l’eau claire de la source.

A nouveau la vieille laissa ses deux seaux et s’en retourna bien vite chez elle.

La table était mise ! Elle n’eut plus qu’à  s’asseoir pour déguster un véritable repas de roi ! Pendant quatre jours, elle mangea tant et tant qu’elle en devint toute lourde… Cependant, les assiettes et les plats s’étaient amoncelés et il devenait urgent de faire un peu de vaisselle…

Alors, le cinquième jour, la vieille reprit le chemin de la source. En route elle maugréait : « A quoi me sert d’avoir tant à  manger tous les jours s’il faut que je continue à  venir remplir mes seaux d’eau à  la source ? »

Quand elle fut de retour dans sa pauvre cabane, sa table n’était point mise… Adieu, les festins de roi !

La pauvre femme reprit sa vie misérable, encore un peu plus ridée, un peu plus ratatinée qu’avant…

Le lendemain du dernier quartier de lune, le bon génie, fidèle à  sa promesse était assis près de la source.

« Mes festins de roi ne t’ont pas apporté le bonheur » dit-il. Tu as continué à  maugréer contre ton sort et l’enchantement s’est dissipé ! »

La vieille femme n’était vraiment pas fière d’elle. Mais elle avait eu le temps de réfléchir.

Etre riche et vieille en même temps, ça n’était sûrement pas la bonne solution.

Avoir sa table mise à  chaque repas et devoir tous les jours laver la vaisselle, ça ne présentait pas non plus beaucoup d’intérêt…

Alors, dans un souffle à  peine perceptible, elle confia au bon génie son troisième et dernier voeu : « Je voudrais être jeune et belle, moi qui ne me souviens plus du temps de ma jeunesse où j’ai toujours été vilaine… »

« Accordé ! » dit le bon génie.

Et la vieille se transforma aussitôt en une jeune fille si belle, si belle, que le bon génie en tomba amoureux sur le champ et qu’il quitta l’eau claire de sa source le temps de l’épouser !

Depuis ce jour-là , les deux seaux d’eau attendent en vain la vieille femme. Ils attendront l’éternité, car plus jamais elle n’a maugréé contre son sort !

Il paraît même que la source, depuis ce matin-là , chante deux fois plus fort qu’avant !

Légende du petit garçon qui sauva une étoile

Friday 27 April 2007

Il était une fois,

Un petit garçon qui vivait avec ses parents dans une jolie maison perdue au coeur d’une grande forêt.

Son papa était bûcheron, ce qui rendait très fier le garçonnet. La forêt lui disait souvent que, si elle arrivait à  respirer c’était grâce à  lui qui, si gentiment, coupait les arbres qui menaçaient de l’étouffer.

Pensez si notre petit bonhomme était heureux… Grâce à  eux, la forêt vivait !

Pourtant, chaque année quand revenait l’été, l’enfant cachait une grande angoisse au fond de son coeur.

Profitant des chaudes soirées de juillet, son papa abattait les arbres tard dans la nuit, et le petit garçon devait lui apporter le panier où sa maman plaçait le repas du soir.

Et tout son chagrin venait de là  : Lui qui aimait tant sa forêt lorsque brillait le soleil, tremblait de peur dès qu’il devait s’aventurer sur le sentier où commençait à  rôder l’ombre de la nuit. Il n’osait pas parler de sa peur à  ses parents, car il craignait les moqueries.

Un si grand garçon, auraient-ils dit, est-ce possible ? Alors, les yeux rougis d’avoir pleuré en cachette et la lèvre tremblante, bravement il mettait le panier sous son bras et s’en allait sur le chemin.

Sa maman voyait bien les traces de larmes sur son pauvre petit visage, et elle le regardait partir aussi longtemps que se dessinait sur la masse sombre des arbres, la silhouette claire de son petit garçon… Et son regard, chaque soir, se chargeait d’une lourde inquiétude…

Or, un de ces fameux soirs, l’enfant crut voir le grand chêne son ami, tirer ses racines de la terre et marcher vers lui. Il quitta le sentier en hurlant et se retrouva accroupi près de la mare, où brillait une lumière aussi étrange qu’inhabituelle. Il eut à  nouveau très peur. Mais cette fois, il n’était pas victime de son imagination. Il entendit une voix douce, comme une musique, qui venait du fond de l’eau.

« Aide-moi, petit garçon, je suis une petite étoile tombée du ciel. Vite ! fais-moi sortir de cette mare avant que je ne m’éteigne ! »

Rassuré d’entendre de telles paroles murmurées de si jolie façon, courageusement l’enfant retourna vers son ami le chêne.

« Grand chêne, prête-moi vite une de tes branches afin que je vienne en aide à  la petite étoile qui est tombée dans la mare. Vite ! elle ne brille presque plus ! »

« Voilà  » dit le chêne, peu rancunier. « Fais vite maintenant ! »

L’enfant s’en retourna au bord de l’eau et tendit la branche à  l’étoile.
« Il était vraiment temps » lui dit-elle lorsqu’elle fut sur l’herbe. « Regarde, je clignote avec peine… Moi qui rêvais tant de connaître la terre, j’ai bien failli en mourir ! »

Alors elle conta son histoire au petit garçon. Elle n’accompagnait pas toujours la lune dans le ciel. Il lui arrivait aussi de voyager avec le soleil. Et de là -haut, en pleine lumière, la terre était si belle, toute bleue, qu’elle rêvait depuis longtemps de venir s’y poser quelques instants !

Mais le soleil était sévère. Il ne permettait pas aux étoiles de s’en aller. Alors, elle avait attendu d’être à  nouveau avec la lune pour descendre jusqu’ici. Car la lune était douce comme du miel. Elle ne savait rien refuser aux petites étoiles, ses amies. Elle leur demandait seulement de briller moins fort que d’habitude au cours de leur descente vers la terre afin de ne pas effrayer les humains. « Pauvre lune ! Elle éclaire si mal ta planète, que je n’ai pas pu voir où je me posais » soupira-t-elle. «   Je me suis retrouvée au fond de cette eau toute noire, et je t’avoue que de ma vie d’étoile, qui est déjà  fort longue, je n’ai jamais eu si peur !  Par quel miracle t’es-tu trouvé sur mon chemin, petit garçon ? »

Et le petit garçon confia à  l’étoile, qui brillait à  nouveau de mille feux, le gros chagrin de sa vie.

Il lui avoua sa peur dans le noir s’il entendait hululer la chouette, croasser le corbeau, glapir le renard qu’il aimait bien pourtant… « Oh ! petite étoile, j’ai peur de la nuit ! » finit-il par dire en laissant s’échapper de grosses larmes.

« Ne pleure pas si fort, gros bêta », lui dit-elle. « Tu vas réveiller les oiseaux, les écureuils, les lapins, tous ceux qui vivent dans ce bois. Que penseraient-ils s’ils savaient que leur demeure t’effraie quand il y fait noir ? Tu m’as rendu un grand service. A mon tour de soulager ta peine. Montre-moi ton chemin, tu vas voir. »

L’enfant reprit sa route et, à  chaque arbre rencontré, chaque herbe, chaque fleur, la petite étoile s’arrêtait et le touchait de ses rayons. Alors, les arbres, les herbes, les fleurs se mirent à  briller doucement, éclairant le sentier où s’aventurait l’enfant qui n’avait plus de crainte.

« Ce sera ainsi tous les soirs ! » lui dit-elle en prenant sa course vers le ciel où s’impatientait la lune. « Tu as sauvé un étoile, la forêt s’en souviendra ! »

A partir de cette nuit-là , plus jamais l’enfant ne prit le panier que lui donnait sa maman, les yeux rougis d’avoir trop pleuré. Il partit désormais d’un pas léger vers le sentier où régnait l’ombre. Et, pas une soir les rayons laissés par l’étoile n’oublièrent de s’allumer pour lui montrer le chemin.

Ses parents ne surent jamais pourquoi il était devenu si heureux.

Il avait voulu garder pou lui seul le souvenir de la gentille étoile.

Et jamais il n’oublia de lui envoyer un sourire joyeux, chaque fois qu’il put l’apercevoir, par hasard, voyageant au fond du ciel immense et pur, en compagnie de son amie la lune !

Pauvre Poète

Friday 27 April 2007

Le Monde est fou…
Il a besoin de ses poètes,
Mais ne sait plus les écouter…
Le Monde ne sait plus rêver…
Pauvre chantre du temps qui passe,
Tu es seul avec tes sonnets…
Bats-toi !
Apprends à  faire face
A tous ces mots nouveaux,
Qui sont sans âme,
Qui sont laids…
Et pourtant,
Les hommes, à  l’envi les répètent…
Il en est un, plus que tout autre,
Par qui le Mal est arrivé,
C’est le mot « Rentabilité »…
Un peu partout, sur la planète,
C’est devenu le Mot Sacré…
Pauvre poète de l’an deux mille !
Il te faudra lutter sans trêve…
Garde bien près de toi
Ton grand sac plein de rêves,
De phrases démodées,
De tendresse et de larmes
De rires et de joies…
Continue de décrire
L’immense ciel d’hiver
Et ses constellations,
Cassiopée, la Grande Ourse,
Ou la belle Orion…
Continue de décrire, au printemps,
Le ruisseau qui bavarde,
Le bruit que fait la source,
Le vent dans les cyprès…
Chante les mois d’été
Et les blés qu’on moissonne,
Puis,
Septembre venu,
Chante encore l’automne,
Ses couleurs,
Ses parfums de fruits mûrs éclatés…
Raconte les labours,
Les nouvelles semences…
Ne t’arrête jamais.
Puisque tout recommence,
A travers les saisons
Parle aux hommes d’amour,
Ils en ont tant besoin…
Enfin, chante la vie…
Et tu verras
L’enfant qui, aujourd’hui va naître,
En l’an deux mille vingt
Pour tous ces mots bien dits,
N’en dira qu’un, peut-être,
Qui aura l’air de rien
Parce qu’il est tout petit,
Mais qui grandit un homme
Le jour où il le dit,
Et ce mot, c’est : « Merci ! »